2025 : Notre lecture des marchés

de Nicholas Lebuis

janvier 30, 2026

En 2025, les investisseurs ont été rappelés à une vieille vérité que l’on oublie souvent en période de marchés haussiers : les rendements nominaux comptent moins que ce qu’ils permettent réellement d’acheter. Rapportée aux actifs réels, une large part de la richesse financière mondiale s’est discrètement contractée.

Les principales monnaies fiduciaires se sont nettement affaiblies au cours de l’année, en particulier face aux métaux précieux. L’argent s’est imposé comme l’actif le plus performant, avec une hausse spectaculaire de 124 %, tandis que l’or a progressé de 61 %. Ces chiffres ne relèvent pas de la simple curiosité pour amateurs de matières premières. Ils traduisent une érosion plus générale de la confiance dans la monnaie papier, à un moment où expansion budgétaire, incertitude politique et tensions géopolitiques se sont conjuguées. À cette aune, de nombreux rendements d’actifs traditionnels paraissent moins flatteurs que ne le suggèrent les chiffres en première lecture.

C’est aux États-Unis que ce phénomène est apparu le plus clairement. Les actions américaines ont affiché un rendement honorable de 16,39 % en dollars, suffisant pour satisfaire la plupart des investisseurs domestiques. Mais une fois corrigés de la dépréciation de la devise et de l’envolée des actifs réels, ces gains semblent bien plus modestes. Le dollar continue de dominer la finance mondiale, mais en 2025 il n’a pas constitué un rempart fiable contre l’érosion du pouvoir d’achat.

La politique a joué un rôle inhabituellement central dans la formation des résultats de marché. Les tensions commerciales et les annonces de droits de douane en début d’année ont injecté de la volatilité dans les marchés financiers et pesé sur la confiance des investisseurs. Les flux de capitaux se sont faits plus prudents, tandis que la demande pour les valeurs refuges perçues s’est renforcée. Les marchés ont dû digérer non seulement les données économiques, mais aussi un environnement politique particulièrement bruyant.

La Réserve fédérale a contribué à calmer les esprits. Une série de baisses de taux a amorti l’impact du ralentissement économique et soutenu les actifs risqués. Les entreprises américaines, pour leur part, se sont montrées plus résilientes que beaucoup ne l’avaient anticipé. La croissance des bénéfices est restée solide, permettant aux marchés des actions de progresser malgré un climat d’incertitude persistante. Cette résilience, toutefois, ne doit pas être confondue avec une invulnérabilité. Les marchés guidés par les décisions politiques sont sujets à des retournements brusques.

Au nord de la frontière, le Canada a offert un tableau contrasté. Bien qu’exposées aux mêmes inquiétudes liées au commerce, les actions canadiennes ont enregistré un rendement annuel impressionnant de 28,06 %. Le marché a traversé la volatilité printanière avec un sang-froid remarquable. Le soutien des secteurs à forte composante en ressources, en particulier l’énergie et les matériaux, s’est conjugué à la solidité des financières et à un environnement de taux d’intérêt plus accommodant. Il en est résulté un marché capable de bien absorber les chocs macroéconomiques, sans excès d’enthousiasme cyclique ni panique défensive.

Au-delà de l’Amérique du Nord, la dispersion a été le trait dominant. Les marchés développés ailleurs ont suivi des trajectoires distinctes, mais ont collectivement affiché des rendements de 31,55 %. Les effets de change ont joué un rôle déterminant, amplifiant les gains pour les investisseurs prêts à regarder au-delà du dollar. Dans plusieurs régions, les valorisations étaient plus attractives et les perspectives de croissance plus équilibrées. Les capitaux, comme toujours opportunistes, ont suivi.

Pour les investisseurs globalement diversifiés, cette dispersion a constitué une opportunité. Les allocations hors des États-Unis ont non seulement permis de capter des rendements supérieurs, mais aussi de réduire la volatilité globale des portefeuilles. À une époque où les corrélations ont tendance à augmenter aux pires moments, cette diversification a démontré toute son utilité.

Un secteur a dominé tous les autres par son importance narrative : l’intelligence artificielle. Les investissements et les dépenses en capital dans les technologies liées à l’IA sont demeurés élevés, en particulier parmi les plus grands groupes technologiques. L’adoption par les entreprises s’est accélérée dans l’ensemble des secteurs, promettant des gains de productivité et de nouveaux modèles économiques. Les performances boursières, cependant, ont été inégales. Certaines entreprises ont justifié leurs valorisations ; d’autres ont surfé sur le thème sans livrer de résultats à la hauteur.

Cette hétérogénéité a ravivé le débat sur d’éventuels excès spéculatifs. La comparaison avec les précédents booms technologiques est tentante, bien qu’imparfaite. L’IA est indéniablement transformative, mais toutes les entreprises qui s’en réclament ne le seront pas de la même manière. En 2025, les investisseurs ont commencé à redécouvrir l’importance du discernement.

Pris dans leur ensemble, les enseignements de l’année sont suffisamment clairs. Les marchés peuvent progresser tandis que la richesse réelle s’érode. La politique compte davantage que ne le supposent de nombreux modèles. La diversification fonctionne toujours, en particulier lorsque les devises sont instables. Et même les récits de croissance les plus puissants ne suspendent pas les lois de la valorisation.

Pour les investisseurs désireux de mesurer leur succès en termes réels, 2025 a été moins un triomphe qu’un avertissement. C’est peut-être là son rendement le plus précieux.

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